Le pricing dynamique appliqué à l’électricité : le cas d’Eskom

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Eskom est une compagnie sud-africaine de production et de distribution d’électricité. L’entreprise ne parvient pas à sortir de ses difficultés financières en raison de l’inadéquation de l’offre et de la demande. La mise en oeuvre d’une politique de tarification dynamique peut résoudre ce problème.

Bien que le secteur de l’électricité soit soutenu par les innovations technologiques, le problème que rencontre la compagnie d’électricité Eskom relève du domaine de l’économie, c’est pourquoi il est logique d’examiner la théorie économique pour envisager des solutions possibles.

La loi de l’offre et la demande indique que s’il y a une offre faible et une forte demande, le prix sera nécessairement élevé. En revanche, si l’offre sur le marché est forte et la demande faible, alors le prix sera logiquement plus bas.

C’est en partie la tentative de défier cette loi économique qui résulte de la non disponibilité d’électricité.

Pricing dynamique : une réponse stratégique efficace

Le pricing dynamique signifie que les prix ne sont pas fixes ni figés mais sont fonction de différentes variables, notamment des axes de l’offre et de la demande.

Ceci n’est pas un concept nouveau et nous n’avons rien inventé de neuf. Nous savons tous que, par exemple, les tomates coûtent moins cher en saison lorsque l’offre est supérieure à la demande.

Ce qui a changé aujourd’hui, c’est la flexibilité et la réactivité à laquelle la tarification dynamique peut être mise en œuvre : de façon saisonnière en quasi temps réel.

L’idée évoquée ici n’est pas d’être différente des concurrents mais au regard des outils éprouvés que nous avons en main, il est nécessaire d’être créatif dans leur application pour relever les défis du 21e siècle.

Uber, la société de service de chauffeur privé à la demande (tant décriée), a compris que les facteurs qui influencent l’accroissement de la demande sont les mêmes qui agissent sur la réduction de l’offre.

À minuit, le soir du nouvel An à Paris, les clients potentiels sont plus désespérés par les questions de transport, et pourtant pour les mêmes raisons les chauffeurs potentiels sont réticents à offrir leur service. Le résultat est un blackout total du service.

En réponse à ce défaut de fonctionnement, la société Uber a introduit un modèle de tarification dynamique (dénommé surge pricing) où lorsque la demande croît durant une période de pénurie de l’offre, un effet multiplicateur est actionné pour proposer des prix par course plus élevés. L’effet escompté était de parvenir à une position d’équilibre et d’assurer la continuité du service.

Eskom a mené des campagnes publicitaires pour informer les consommateurs sur l’état de l’offre et les encourager à réduire la demande. Peut-être qu’il est enfin temps d’agir pour la compagnie d’électricité et de mettre en oeuvre un modèle de pricing dynamique.

À l’aide d’un modèle de tarification dynamique bien conçu, l’électricité pendant les périodes de forte demande peut être tarifée différemment que les unités consommées en période de faible demande.

Ce modèle pourrait être basé sur le temps d’utilisation ou bien sur une période de pointe critique. Les sociétés concurrentes Gulf Power et Tampa Electric ont implanté avec succès des concepts similaires dans leur stratégie de tarification de fourniture d’électricité.

Réglementation et politique sud-africaine

Le régulateur national de l’énergie en Afrique du Sud (National Energy Regulator of SA ou NERSA) est plus un allié qu’un obstacle. Son rôle réside en la protection des consommateurs et toute initiative de résolution des problèmes ne doit en aucun cas être négligée.

Pour que cela marche, les consommateurs doivent se sentir protégés. Ce point de vue est aussi valable dans les discussions actuelles de hausse de tarifs que celles qui ciblent une hausse des prix en période de très forte consommation.

Un point de vue alternatif peut également suggérer qu’une telle réponse « commercialement parlant » n’est pas reçue favorablement par les électeurs du pays et peut donc faire face à l’opposition des politiques sud-africains.

Cependant, le rôle des lois du régulateur est de veiller à l’équilibre et d’écarter les risques des partis politiques en s’assurant que les procédures, l’opinion publique et sa représentativité sont bien considérées.

Même si cela peut affecter les niveaux de prix et la stimulation de la demande dans ce modèle de tarification, cela ne peut que servir à limiter l’efficacité de l’approche plus que de la détruire complètement.

Vers l’introduction du pricing dynamique dans l’industrie de l’énergie

Le défi de l’énergie auquel fait face actuellement l’Afrique du Sud est multi-facettes et exige une multiplicité des réponses dans un effort commun de travail pour le bien collectif.

Dans son livre La Troisième Révolution Industrielle (dont je vous conseille la lecture), Jérémy Rifkin envisage la tarification dynamique du prix de l’électricité comme le quatrième pilier de la troisième révolution industrielle à savoir l’Internet de l’énergie.

Selon Rifkin, une information en temps réel affiché sur le compteur numérique de chaque logement rendre possible la tarification dynamique : les consommateurs pourront accroître ou réduire automatiquement leur usage de l’énergie en fonction du prix.

Il est clair qu’un modèle de tarification dynamique bien conçu, simple et pratique peut être un outil utile pour la société Eskom dans le traitement du problème actuel de l’inadéquation des courbes d’offre et de demande.

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Romain Sabellico

Romain Sabellico est le fondateur du blog Yield & Travel.
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